20 février 2018

Naruto, le meilleur des valeurs du Japon

Voici un texte pour ceux et celles qui aiment découvrir le Japon, et ce n’est pas nécessaire de connaître le dessin animé dont je parle pour apprendre quelque chose de cette analyse…

Depuis quelque temps, nous écoutons, tous les soirs, quelques épisodes de Naruto. Soyons honnêtes: avec les 200 épisodes de la série Naruto et les 500 épisodes de Naruto Shippuden, ça fait plusieurs mois maintenant. Il ne nous reste « que » 200 épisodes pour terminer cette série. Heureusement, il y aura ensuite Boruto (le fils de Naruto) que nous pourrons commencer! Ça fait penser à l’interminable série de suites comme DragonBall ou OnePiece, etc. Quand le Japon trouve une filiation lucrative, on y investit à fond, profitant de tout ce que les fans peuvent donner!

Pas étonnant que Naruto soit l’un des personnages centraux sur la liste des ambassadeurs officiels des équipes japonaises en vue des Olympiques 2020 qui se tiendront à Tokyo. C’est une belle façon de sortir de nouveaux produits à vendre...

Cela étant dit, jamais je n’aurais poursuivi une série aussi longtemps si elle n’était pas très bien faite. Et ce que je trouve intéressant, au fil des épisodes, c’est de constater à quel point cette série est profondément japonaise en présentant les meilleurs aspects de la culture et des valeurs de ce pays.

Le feu

Commençons par l’évidence. Le personnage de Naruto est originaire du « pays du feu ». Le renard à neuf queues qu’il héberge à l’intérieur de lui est un monstre de feu, infiniment lumineux et destructeur, tout en étant super puissant.

Que représente le drapeau du Japon? Un soleil rouge.
Qui est la déesse fondatrice du Japon? Le soleil (eh oui, une femme!).
Comment dit-on le « Japon » en japonais? 日本 Nihon: « le pays d’où est originaire le soleil ».
Sur quoi repose le Japon? Trois plaques tectoniques qui placent des volcans partout.

Le feu donc. Le soleil. La puissance. À la fois dévastatrice et bienfaitrice.
Cette force, les Japonais l’ont expérimenté plusieurs fois au cours de leur histoire. Leur mythologie est fondée sur cet élément, ils ont vu à de nombreuses reprises la lave et les incendies dévaster leurs villes. Et comme le village de Naruto sera reconstruit à chaque destruction, on ne se pose pas de questions et on se met à l’ouvrage pour refaire le village, à chaque fois. Le monstre à neuf queues surgit à l’occasion, il dévaste tout. Mais il apporte aussi des terres fertiles, des onsens, la protection et de l’énergie quand on le maîtrise.

Le pays du feu dans lequel évolue Naruto ne pourrait pas incarner de manière plus imagée le Japon et la résilience nécessaire pour vivre avec cette menace quotidienne.

Le Japon et les États-Unis

Si le pays du Feu est une belle allégorie du Japon, le pays de la Foudre est très symbolique de la manière dont les Japonais perçoivent les Américains. En effet, la nation de la Foudre est la seule à présenter plusieurs couleurs de peaux: blanches, métisses, noires. C’est aussi le seul pays à conserver un monstre à queue avec leur héros Killer-Bee (au même titre que Naruto), pouvant faire face, en puissance, au pays du feu (un point important quand même quand on sait que les États-Unis sont la 1re puissance économique, et que le Japon fut longtemps la 2e).

C’est aussi la seule nation où les personnages ont un accent. Oh! Et pas n’importe quel! Killer-Bee parle avec l’accent d’un anglophone qui prononce le japonais. Ce n’est pas le seul aspect de sa personnalité qui est significatif: Killer-Bee est un peu étrange, difficile à saisir, étant toujours entre le ridicule (avec ses rimes douteuses) et la pertinence (avec ses leçons). Il sourit et garde le moral, malgré les difficultés, semblant parfois ne rien prendre au sérieux. Vous voyez où je veux en venir? Comment l’image des Américains est à la fois positive et négative? Comment on a du mal à saisir leur message, leur intention, étant donné la façon qu’ils ont de s’exprimer et d’agir?

Le frère de Killer-Bee, le chef du village du pays de la Foudre, est lui aussi un personnage qui présente d’autres traits archétypaux: il est très fort, mais aussi têtu et il exprime souvent sa colère dévastatrice, cassant les meubles et les murs. Bien sûr, cela n’exclut pas le fait qu’il peut être « raisonnable », mais ça prend du temps et de la force pour le faire changer d’idée...

C’est une image caricaturale, mais assez juste, de la relation entre le Japon et les États-Unis. On les apprécie, on les respecte, mais on ne les comprend pas toujours. On les trouve impulsifs, un peu intenses, parfois trop sûrs d’eux et de leur opinion, mais on admire aussi cette détermination, cette audace.

Qu’est-ce qu’un héros?

La série suit Naruto depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte, et même jusqu’à son rôle de parent dans la série Boruto (que je n’ai pas vue encore). La série se base donc sur un enfant qui vit des épreuves difficiles et les surpasse pour devenir un héros. Classique.

Le résultat est le même que les superhéros américains où l’enfant solitaire perd ses parents très jeunes et surpasse les épreuves (Batman, Spiderman, Superman, etc.). Mais Naruto grandit dans un monde japonais et son chemin ne ressemble pas au parcours des héros américains. Naruto est différent donc... tout le village le rejette. Ce qui donne lieu à de durs moments pour le spectateur qui comprend difficilement comment des adultes peuvent en arriver à être aussi cruels avec un enfant.

Mais au Japon, « le clou qui dépasse appelle le marteau ». Une personne différente, même un enfant, doit « apprendre » à suivre les règles. S’il a un passé difficile, il doit rester encore plus discret, ne pas déranger la cohésion sociale. Ce que ne fait pas Naruto, cherchant à attirer l’attention en faisant toujours plus de gestes répréhensibles (plusieurs enfants se reconnaitront dans cette technique!).

Lentement, graduellement, certaines personnes comprendront le grand vide de cet enfant qui cherche à être reconnu, à être aimé. Et des personnes-clés s’attacheront à lui. Ce qui permet à l’enfant d’accepter sa différence (il héberge un monstre en lui) et son histoire (ses parents sont morts à sa naissance). Ce qui le fera passer du cancre de son village au héros.

Au fond, on arrive à la même chose que les superhéros américains: le petit garçon passe à travers des épreuves difficiles, il devient super fort et il sauve le monde. C’est le chemin qui est radicalement différent. Dans cette série, il y a plusieurs rappels de ce qu’est « la vraie force »: Naruto revoit constamment les images de son enfance et des gens qui l’ont appuyé, qui ont cru en lui pour aller plus loin. La « vraie force » est explicitement présentée comme les relations avec les autres, le désir d’aider ceux qui ont cru en nous, la profonde conviction qu’il faut essayer de faire mieux, de faire plus pour construire un monde meilleur. Elle n’est pas tellement liée à ce monstre qui donne à Naruto des pouvoirs extraordinaires ni à son travail constant pour le maîtriser. Car la seule façon de réussir à faire cela (maîtriser un pouvoir difficile), c’est d’avoir été appuyé, aidé, cru.

Par rapport au self-made man américain, il y a donc une forte opposition. Et c’est très représentatif de ce qu’est le Japon: ta réussite n’est pas due à ton seul talent, à ton travail acharné. Ta réussite est liée à tous ces autres qui t’ont permis d’avancer quand ça n’allait plus, à tous ceux qui ont cru en toi quand tu en avais besoin, aux liens significatifs que tu as forgés avec le temps.

Il me semble qu’on devrait s’en rappeler de temps en temps au lieu d’aduler les « grands hommes qui se sont faits tout seuls ».

Le mal et le bien

Je parlais dernièrement de Naruto avec un Japonais qui me disait que même les adultes continuent à suivre cette série, car non seulement le héros vieillit, mais le scénario présente des situations complexes et nuancées, au contraire de DragonBall où il y a davantage une division nette entre les gentils et les méchants. Dans Naruto, le mal est partout, mais ce n’est pas parce que tu prends le « côté obscur de la Force » que tu ne pourras pas en sortir. ;)

Les personnages en teintes de gris sont très nombreux. Certains sont d’un gris très sombre, penchant fortement vers le noir, d’autres sont beaucoup plus difficiles à étiqueter (Pain, Itachi, Konan, Karin, etc.) Sont-ils vraiment méchants? Ou sont-ils plutôt manipulés parce qu’ils souffrent?

L’exemple le plus évident est le personnage de Sasuke, le meilleur ami de Naruto. Si Sasuke a lui aussi un passé difficile, il suit le chemin contraire du héros. Il tente de soulager sa douleur en se vengeant de tel grand méchant parce que « c’est sa faute », puis réalisant son erreur, il veut encore se venger parce que « c’est de la faute de ceux-là finalement ». Il répète toujours le même schéma: il court vers un but pour tenter de faire la paix avec son passé. Et le but est toujours de faire payer les méchants, bien évidemment. Ça semble évident, non?

L’animé montre bien qu’en faisant cela, Sasuke blesse, tue, abîme tout autour de lui pour tenter d’atteindre son but. Sans jamais être soulagé. Il n’arrive pas à s’arrêter et à faire face au pire: la souffrance à l’intérieur. Ce que Naruto fait lentement, apprivoisant le monstre en lui, appuyé par ses relations avec les autres. Mais Sasuke a rejeté tous les liens, n’ayant plus envie de perdre une personne chère pour lui et de « s’affaiblir ».

Toutefois, sans liens, il n’a pas la force de faire face à ses démons. Il devient donc un monstre lui-même. Que tout le village rejette, ayant perdu l’empathie envers cet ancien étudiant modèle et admirable. Il n’y aura que Naruto pour croire encore. Parce que c’est le propre de ce héros: savoir que seul un lien fort peut te ramener, que sans cette main tendue, rien ne sera possible.

On revient à l’idée du lien, un concept très important en japonais. Des temples existent pour « défaire les liens » avec certaines personnes qu’on souhaite exclure de sa vie. Parce que les liens amènent certaines obligations. Mais ils sont aussi la plus grande force.

Conclusion

J’aime cette série et j’ai beaucoup de plaisir à l’analyser. Mais je lui reproche d’avoir une vision des femmes très genrées: les ninjas féminines étant surtout « médicales », ne pouvant souvent pas faire grand-chose... Elles sont des amoureuses instantanées et fidèles (Karin, Sakura, Ino, Hinata). Si elles peuvent être ultra-puissantes (Tsunade, Sakura), il ne faut pas les voir laides et vieillissantes (Tsunade). Je ne regarde donc pas la série pour ses personnages féminins, c’est certain. Le message est très tordu, mettons. Ça dit autre chose du Japon, ça aussi.

Mais il reste que Naruto est un bon exemple de certaines valeurs-clés du Japon: résilience, relations avec les autres pays, importance des liens et nuances entre bien/mal. Et le message à retenir est admirable: il n’y a qu’avec les autres que tu peux finalement aspirer à un monde meilleur.

14 février 2018

« Ch’vous aime, ma tabarnac »

Depuis un peu plus d’un an maintenant, j’enseigne le japonais dans deux écoles de la ville de Québec. Si j’avais déjà donné quelques cours privés, je n’avais jamais enseigné à des classes. Avec tout le travail que cela exige et les plages horaires difficiles des cours, le plaisir d’enseigner m’a surprise. Pourtant, partager ma passion du Japon avec des étudiants aussi fascinés que moi, être forcée d’aller toujours plus loin dans mes apprentissages pour répondre à leurs questions... J’aurais dû savoir que ce serait un bonheur.

Pour faire face à mon syndrome de l’imposteure (ma connaissance de cette langue étant toujours en cours), je m’implique beaucoup depuis un an dans mes études de japonais. En fait, avec l’entrée des enfants aux cours de japonais le samedi matin, les devoirs que cela amène, mes préparations pour mes propres cours, mes révisions quotidiennes pour lire les kanjis et améliorer mon vocabulaire ainsi que les différents essais sur le Japon que je lis pour le plaisir ou pour le travail, le Japon est omniprésent dans notre quotidien familial depuis un an. D’où mon idée de faire quelques textes sur ce pays dans les prochaines semaines.

Supprimer le sujet

Je commence avec un aspect de la langue japonaise qui s’oppose directement au français. En effet, dans notre langue, il est impossible de supprimer le sujet. Concrètement, comment omettre de dire « je » ou « tu » dans une phrase? Impossible.

Je mange une pomme. Tu manges une pomme.
Mange une pomme.


La deuxième ligne exprime un ordre que je donne à un autre. C’est loin d’être la même chose dans les deux premières phrases.

En japonais, si c’est possible, on supprimera le sujet. On le dit au début de la discussion, puis on l’omet pour le reste. C’est pourquoi un locuteur étranger (comme moi) devient vite mélangé: mais de qui on parle? Je vous donne un exemple précis.

Grammaticalement, « Je mange une pomme » se traduit en:

Watashi wa ringo wo tabemasu.

watashi wa: je
ringo wo: une pomme
tabemasu: manger

On dira plus souvent dans sa forme correcte courte:

Watashi wa ringo wo tabemasu.

Poursuivons. Officiellement, « Tu manges une pomme » serait:

Anata wa ringo wo tabemasu.

Anata étant « tu ». Le reste de la phrase ne change pas, car il n’y a pas de conjugaison grammaticale en japonais.

Mais il est un peu brusque de décrire aussi abruptement la situation avec un « tu » direct, donc on aura plutôt tendance à utiliser le nom de la personne:

Léo-kun wa ringo wo tabemasu.

« Léo mange une pomme » est une façon correcte de décrire la situation. Mais si on parle de Léo depuis un moment, on n’aura pas besoin de préciser à chaque phrase que c’est de lui dont on parle encore et on dira simplement:

Léo-kun wa ringo wo tabemasu.

C’est-à-dire la même phrase que lorsque je parle de moi qui mange cette fameuse pomme. D’où la confusion!

Les multiples « je »

Non seulement le « je » n’est pas nécessaire en japonais, mais si on l’utilise, il est multiple. Il y a de bons textes sur les 14 façons de dire je en japonais, je ne vais pas répéter cela ici. Mais un petit mot toutefois pour montrer que cette multitude de « je » peut être bien utile.

Le « je » qu’on apprend en premier est watashi. Or il faut savoir qu’en japonais la langue parlée par les femmes n’est pas tout à fait la même que celle que parle les hommes. Grossièrement, disons que les hommes utilisent un niveau de langue plus « neutre » et que les femmes qui parlent au même niveau sont considérées « vulgaires ». Ce qui veut dire que la langue neutre d’une femme est le niveau de langue « poli » pour les hommes… Égalitaire? Mais qui a dit qu’une langue l’était? J’ai souvent discuté de « l’égalité » du français, alors on ne peut pas critiquer le japonais...

Ce qui veut dire que:

- WATASHI pour une femme est le « je » normal. Pour un homme, c’est le « je » poli.

- BOKU est le « je » normal pour un homme. Mais pour une femme, il est un peu brusque, à la limite de l’impolitesse (chez les jeunes filles/femmes, il est plus courant. Et on fait comme dans tous les pays du monde: on trouve que « les jeunes parlent mal aujourd’hui »).

- ORE est le « je » plus familier, à la limite vulgaire pour un homme. Une femme qui l’utilise, eh ben... C’est du jamais vu pour moi. Elle serait très certainement provocante!

Une femme qui parle en utilisant boku dans un dessin animé est donc déjà très familière et inhabituelle. Ce sera un personnage particulier qui n’aura pas la même attitude que les autres filles de l’animé.

Les multiples « tu »

Je le disais en introduction, on essaie le plus possible d’éliminer les « tu » en japonais. Imaginez: il est encouragé de se retirer (en ne disant pas le « je »), alors il est déconseillé de placer une pression directe sur l’autre en l’appelant « tu »! Non, non, non! Il faut éviter d’être aussi frontal, c’est pourquoi on tend à dire le nom de la personne, ou même sa fonction, plutôt que le « tu » en japonais.

Toutefois, le « tu » existe. Et comme pour le « je », il est très varié.

- ANATA est le plus enseigné. Il est utilisé autant par les femmes que les hommes, mais il sonne plus poli pour ces derniers...

- KIMI est le « tu » usuel des hommes. À l’occasion, les femmes aussi l’utilisent, mais elles sonnent fortes et moins « féminines », comme des tomboys.

- OMAE est l’un des « tu » les plus impolis, se limitant à l’usage des hommes. Il y a encore pire dans la grossièreté, le TÉMÉÉ ou le KISAMA s’utilisent envers des gens à qui un homme souhaiterait arracher la tête.

Souvent, les méchants des dessins animés s’expriment vulgairement. S’ils s’expriment avec soin, utilisant un niveau poli, ils font partie d’une catégorie à part, celle des méchants plus nobles, le genre de méchant super intelligent qui prend des risques calculés. Les niveaux de langue étant très divers en japonais, on peut donc en comprendre beaucoup juste avec les variations du « je » et du « tu ».

L’influence des animés

Ils sont nombreux, les fans d’animés, autour du monde. Et si cela reste une excellente façon d’acquérir du vocabulaire, d’entendre la prononciation du japonais, de se familiariser au rythme, on y entend aussi beaucoup de ore, omae, téméé ou kisama, soit les utilisations les plus vulgaires du « je » et du « tu ».

Il arrive qu’un étranger ayant appris le japonais par lui-même visite le Japon, utilisant allégrement ces formes, sans savoir qu’il est alors très vulgaire.

Il arrive aussi que les hommes étrangers ayant pris des cours, souvent d’une professeure féminine, s’exprime beaucoup plus poliment que la moyenne des hommes japonais, utilisant les watashi et les anata appris en cours. Ce qui lui donne une bonne image, quoiqu’un peu décalée.

La pire des erreurs pour un homme étranger serait de s’exprimer ainsi pour avouer son amour:

Ore wa kisama ga suki desu.

Le mélange des niveaux de langue est intraduisible, mais cela donnerait en québécois une absurdité proche de « Ch’vous aime, ma tabarnac ». Pas tout à fait la meilleure façon de courtiser, mais absolument savoureux si on veut rire un peu!

Bonne Saint-Valentin!

20 décembre 2017

Réflexion des Fêtes - Les étoiles filantes

L'année dernière, je publiais un conte des Fêtes. Voici ma réflexion pour l'année qui se termine.
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L’être humain est une étoile filante.

Il s’imagine être un grand soleil, à l’image des étoiles véritables qui scintillent la nuit, mais il n’est qu’une poussière venue des profondeurs de l’univers qui entre dans l’atmosphère d’une extraordinaire planète.

Sa vie est à l’image de l’éclat de feu qui consume ce grain. Certains ne sont qu’une étincelle, bien peu de chaleur. Pourtant, même cette courte étoile filante est suffisante pour les vœux des amoureux. Combien de mains se seront serrées d’émotion devant sa brève lumière?

D’autres auront une vie plus longue, traçant dans le ciel noir un trait d’or qui donnera naissance à des espoirs plus complexes, des projets plus audacieux. Peut-être leur chemin aura été suffisant pour qu’elles meurent au sol, laissant aux chercheurs de nouvelles réponses sur l’univers, apportant d’autres mystères sur nos origines.

Il y a aussi des étoiles filantes assez grosses pour être perceptibles en plein jour, dans le bleu du ciel. Impressionnantes, souvent bruyantes, elles cassent parfois quelques vitrages, mais ces pierres finissent comme les autres, immobiles et froides sur la terre. La fascination que leur passage a générée attire des curieux à la chercher, à la nommer. Jusqu’à ce qu’une autre étoile filante, plus belle, la relègue à l’oubli.

Les dernières, de monstrueux amas de roc et de glace, sont plus rares. Elles apparaissent, inoffensives, dans nos télescopes. Oh! Elles sont immenses, mais malgré leur prétention, elles passent loin de notre refuge.

Jusqu’à ce qu’une de ces images enfle et se multiplie dans les loupes des observateurs attentifs.
Jusqu’à ce que sa trajectoire se précise.

Il est toujours trop tard pour sauver la vie qui repose sous sa cible. L’étoile filante perd son épithète et sa beauté quand elle perce toutes nos défenses pour s’écraser. Elle efface les traces du quotidien de ceux et celles qui souriaient avant elle. Ce monstre-là ne supporte pas les autres, il modifie les couches de l’histoire pour ne laisser que son nom, que la mémoire de sa destruction.

L’être humain est une étoile filante, un espoir, un sourire le temps d’un éclat, une source de curiosité et d’énigmes renouvelées.

Mais il y a celles qui sont plus menaçantes, bombées par l’illusion d’être à l’égal du Soleil, et qui détruisent tout sur leur passage.

Que 2018 les fasse passer loin de notre Terre.

12 décembre 2017

Idole en vente dans Charlevoix

Cidrerie PedneaultCette semaine, je termine de donner le premier niveau des cours de japonais dans les deux écoles où j’enseigne. J’ai eu beaucoup de plaisir à préparer les cours, à les donner, à les ajuster, à recevoir des courriels des étudiants à propos de leurs découvertes japonaises... Ce nouveau travail que j’ai débuté cette année m’a certainement permis de réaliser que j’aime enseigner, surtout à des étudiants et étudiantes aussi passionnées que moi! Je prépare le deuxième niveau que je donnerai en janvier. Un nouveau défi puisque je ne l’ai jamais « testé sur des humains », ce niveau-là! Oh oh oh!

Cidrerie PedneaultAprès avoir publié mon roman Idole 1 – Anna de Charlevoix en français et en japonais cet été, il y a eu un intérêt pour la version papier du roman. Je l’ai donc retravaillé pour en faire un montage adéquat. Il est disponible en français et en japonais depuis vendredi dernier! Et il est en vente dans deux boutiques de Charlevoix, dont celle des Cidreries Pedneault au Manoir Richelieu (avec les versions française ET japonaise!). Pour un roman qui se déroule en bonne partie au Manoir, c’était pertinent! La boutique des Cidreries Pedneault de Baie-Saint-Paul (74, rue Saint-Jean-Baptiste) a aussi accepté de le vendre en version française en plus de prendre des exemplaires de La Pomme de Justine et Les Fleurs du Nord! C’est un rêve qui se réalise pour moi de voir mes livres en vente dans Charlevoix. J’espère que les gens qui passeront dans ma région seront tenté de ramener un souvenir littéraire de leur visite.

Cidrerie PedneaultMon amoureux est en ce moment au Sommet international du jeu de Montréal pour présenter son jeu de cellulaire Cannon-D! Je suis vraiment fière de Philippe! Il n’a jamais laissé tomber son rêve de faire des jeux, réussissant à réaliser sa création personnelle. Fantastique! Le jeu est maintenant disponible pour les téléphones d'Apple, mais aussi sur Android depuis la semaine dernière. Il est gratuit en plus. :)

Je profite de la première tempête de neige de l'année pour vous souhaiter un beau temps des Fêtes à venir, rempli d'activités extérieures et de sourires chaleureux. Je parlerai de Noël dans le monde aux Éclaireurs le 21 décembre, si ça vous intéresse de découvrir les différents visages de cette fête. Au plaisir de vous réécrire l'année prochaine!

10 novembre 2017

Salon du livre de Montréal

Je serai en dédicace au Salon du livre de Montréal, kiosque de Québec Amérique (stand 132).

Venez me saluer jeudi le 16 novembre de 19h à 20h, puis vendredi le 17 novembre de 13h30 à 15h et de 19h à 20h. À bientôt!

04 octobre 2017

日本語に翻訳された小説が出ました

[La version française du livre a été lancée en août. C'est le tour de la version japonaise!]

2017年10月2日、ケベック日本友好協会の新年会で、小説家で社会学の研究者、ヴァレリ・アルヴェの小説(日本語版)の出版キャンペーンが行われました。以下、同小説に関するお知らせです。

あらすじ
高校生アンナ・デガネはシャルルボワ地方の有名な高級ホテル『マノワール・リシュリュー』で夏のアルバイトをしていたが、ある日、お忍び旅行でやってきた有 名なハリウッド・スターのチャールズ・ナイトと知り合った。アンナは、シャルルボワの魅力を知ってもらおうとチャールズに観光ガイドを申し出る。ともに過 ごした五日間に、二人の間には愛が芽生える。二人は、マスコミの騒ぎに巻き込まれないように、二人の関係を秘密にしておくことを誓う。アンナは学期末にな り、チャールズは次の映画の宣伝のためにカリフォルニアに戻っていった。北米大陸の西と東に遠く離れた二人には愛を育くむことが出来るだろうか。アンナが高校を卒業するまで、二人の秘密は保たれるだろうか。恋する二人に様々な試練が待ち受けている。
Kindle版
Apple iBooks 版
Rakuten Kobo

作者のプロフィール
この小説の作者『ヴァレリ・アルヴェ』は、カナダ人小説家、社会学研究者かつ作詞家、歌手である。根っからのロマンティストで、生きることに情熱を燃やしている。 本作品の舞台であるケベック州シャルルボワ地方に生を受けた。カナダ国内では既に数冊の著作があ る。夫婦デュエット『夢』の作詞とボーカルを担当。フラン ス語と日本語で歌っている。2015年のNHK Worldコンクール「We love Japanese Songs」に参加。「残酷な天使のテーゼ」を歌って審査員特別賞を獲得した。大学院生(社会学博士課程)でもあり、現在はケベック州のレヴィ市に夫と二 人の子供と住んでいる。ヴァレリ・アルヴェは日本に関する本を既に三冊フランス語で出版しています。旅行エッセー、日本の少子化に関する考察、そして4〜8歳の幼児を読者対象とした日本紹介の本です。

作品一覧「フランス語」
- L’amour au cœur de la vie, Québec Amérique, 2017
- Les Fleurs du Nord, Québec Amérique, 2016
- Passion Islande, Hamac-Carnets, 2016
- La pomme de Justine, Québec Amérique, 2013
- Les découvertes de Papille au Japon, Cheneliere, 2012
- Le pari impossible des Japonaises, Septentrion, 2012
- Passion Japon, Hamac-Carnets, 2010

20 septembre 2017

Hommage au thé

J’ai appris dernièrement que Balzac buvait 50 tasses de café par jour, ce qui se traduisait par une efficacité à toute épreuve : il passait 18 heures de sa journée à écrire! Évidemment, brûler la chandelle par les deux bouts n’est pas une bonne chose: il est mort à 53 ans (ce qui est relativement long avec une telle consommation).

Je ne bois pas de café. En fait, les rares fois où j’en ai bu, c’est au Japon. J’avais une amie qui m’en préparait à chacune de mes visites. Voulant être polie, je n’ai jamais osé lui dire que je n’appréciais pas le goût de ces précieux petits grains. Je buvais sans rechigner. Ce n’est qu’un an après que j’ai osé lui avouer la vérité! Elle m’a demandé ce que je préférais.

Le thé. Ce n’est pas la première fois que j’en parle sur ce blogue.

À mon retour de Kyoto en 2007, j’avais fait une chronique sur le thé froid.

J’ai aussi parlé des saintes règles que je ne respecte pas tellement

Et j’ai même eu la chance de visiter une plantation de thé en 2010.

En fait, depuis quinze ans, dès que je suis en équilibre précaire sur mes deux pieds du matin, je me dirige vers la bouilloire pour sélectionner la bonne température. Je nettoie la théière de la veille et je prépare mon premier litre matinal. Du thé vert japonais. De préférence, celui de Kyoto (d’Uji en fait!), même si je n’en ai plus en ce moment. Mon dernier voyage date d’un peu plus d’un an maintenant et il est difficile de trouver à l’étranger ce thé un peu plus corsé que celui de Shizuoka (près du mont Fuji).

J’en bois une tasse avant que les enfants se lèvent, en préparant les déjeuners, en regardant mes courriels et le journal.

Puis la routine du lever prend toute la place : les enfants s’éveillent, on se change, on mange, on se prépare à sortir. Quand je reviens travailler, je repars la bouilloire pour un deuxième litre du même thé.

J’attends généralement après le diner pour me préparer une troisième théière. Je peux varier à ce moment-là : choisir un autre thé vert, un oolong ou, plus rarement, un thé noir ou aromatisé.

La routine du retour, du souper, des bains, du dodo s’enclenche assez tôt chez nous. Mais avant même que la porte de la chambre des enfants ne soit fermée, mon conjoint ou moi, on démarre la bouilloire pour notre thé du soir. Un bon litre de thé. Mais cette fois, on infuse les feuilles cultivées dans les hautes montagnes de Taiwan, que je commande directement chez un ami qui tient une boutique en ligne.

Quand c’est la fin de semaine et qu’on est assez fou pour écouter plus d’une heure de télé (un film!), on fait une deuxième infusion.

Avec quatre à cinq litres de consommation par jour, les marchands de thé me connaissent personnellement. Ceux de Kyoto me reconnaissent, ceux de Québec aussi et Philippe de Taiwan Tea Crafts joint des petits mots et des échantillons dans mes commandes.

Dans mon budget annuel, j’ai une ligne dédiée au thé pour savoir combien ça me coûte chaque année. C’est plutôt élevé. Ça dépasse les 500 dollars, genre.

Quand je suis prise en plein travail d’écriture, le thé est le seul plaisir assez puissant pour me faire interrompre l’inspiration une minute. Aucune lecture, aucune série, aucun dessert n’en fera autant. Il n’y a que le thé. Ironiquement, le thé me permet de manger moins. Je grignote souvent, mais beaucoup moins qu’auparavant, étant soutenue par toute l’eau que j’ingère. Et je suis bien sûr très hydratée!

Pourtant, je peux m’en passer et ne pas en boire plusieurs jours. Je ne ressentirai aucun symptôme. Ça m’arrive souvent et ce n’est pas un drame. Simplement, en boire me fait plaisir.

Ce n’est pas la stimulation de la théine que je recherche, c’est la sensation de profiter du moment, là et maintenant.
Ce n’est pas que le corps qu’il réchauffe, c’est le cœur.
Ce n’est pas pour la santé de mon corps, c’est pour la santé de mon esprit.

Le thé me réconforte dans les moments tristes.
Il ajoute une touche de bonheur de plus dans les moments heureux.
Nous sommes des milliers comme moi. Merci au cher théier camellia sinensis...

11 août 2017

Idole 1 - Anna de Charlevoix

Idole 1J'ai toujours aimé le mouvement Le 12 août, j'achète un livre québécois. Cette année, je lance un livre en version électronique aujourd'hui! Je vais me souvenir de cette date, c'est sûr!

Idole 1 – Anna de Charlevoix
Anna Desgagnés travaille au Manoir Richelieu, l’hôtel le plus chic de Charlevoix. Elle y fait la rencontre de Charles Knight, un acteur qui méprise l'endroit. Elle lui propose de lui faire découvrir sa région montagneuse bordée du grand fleuve afin de lui prouver que Charlevoix est magnifique. Mais à travers ces cinq jours de visites, l'amour s’invite entre ces deux personnes provenant de mondes différents. Les amoureux décident de garder leur relation secrète afin d'éviter les paparazzis. Alors qu'Anna termine son année scolaire, Charles part pour faire la promotion de son dernier film. Sauront-ils poursuivre leur amour à distance? Leur secret pourra-t-il être gardé jusqu'à la graduation d'Anna? Les imprévus de la vie se chargeront de mettre leur amour à l'épreuve.

J’ai écrit la première version de cet ouvrage avant La Pomme de Justine, je peux donc dire que c’est mon premier roman, même si la version publiée aujourd’hui est bien différente du manuscrit original. Si vous voulez m’encourager, voici les deux façons de se le procurer (il coûte un gros 8$):

Sur le iBooks de Apple (les iPad, iPhone, iPod)

Sur le site d’Amazon (pour ceux qui utilisent Kindle)

Sur les sites Les libraires (version PDF) et aussi (version ePub)

Faire des critiques, donner une note sur Amazon, Goodreads ou autre, en parler sur Facebook, est aussi une bonne façon de m’encourager, si vous êtes sur ces réseaux. Merci beaucoup à ceux qui partagent!

Et comme le titre le laisse présager, c’est le premier d’une série avec les mêmes personnages: je les ferai voyager un peu partout dans le monde! La version japonaise sera aussi en ligne en septembre.

Autre bonne nouvelle, Les Fleurs du Nord est dans la sélection des meilleurs livres 2017-2018 de Communication-Jeunesse! Joie joie joie!

03 mai 2017

Le printemps: La fin et le début

Quel étrange printemps… Après six années, je viens de faire le dépôt initial de ma thèse de doctorat Papa 2.0 – Les pères québécois et les congés parentaux. Les études ne sont pas terminées encore, mais c’est le début de la fin. Si tout va bien, je devrais faire ma soutenance de thèse (présenter mon sujet devant un jury qui me questionnera par la suite pour m’évaluer) à la fin de l’été. C’est la dernière étape pour l’obtention du fameux titre de Ph.D. C’est un immense chapitre de ma vie qui se clôt! Et j'ai eu la surprise d'être félicitée par Serge Bouchard et Jean-Philippe Pleau, à l'émission C'est fou! dimanche dernier (dernière minute du segment), qui consacrait une deuxième émission à la paternité. Ils me souhaitent bonne chance pour ma soutenance: merci, ça fait chaud au coeur.

Les Fleurs du NordDeux bonnes nouvelles sont venues ponctuer ce début de saison : Les Fleurs du Nord est en nomination pour deux prix: le Prix des Univers Parallèles et le Prix Adolecteurs. Je trouve que les processus qui éliront le grand gagnant sont fantastiques : dans les deux cas, ce sont des classes de lecteurs du secondaire qui décideront du grand gagnant (résultats en avril et en mai 2018). D’être parmi ces privilégiés à être évaluer par ces jeunes lecteurs me fait très plaisir!

J’ai réalisé une entrevue avec ma maison d’édition dernièrement et j’ai vraiment eu du plaisir à lire un extrait d’un livre qui a marqué mon adolescence. Je ne peux m’empêcher de rire encore en entendant ma lecture d’Anne qui fend son ardoise sur la tête de Gilbert… J'ai aussi parlé une heure du Japon à l'émission Ici et Ailleurs à la radio CKIA! Belle rencontre!

Côté mauvaise nouvelle, notre chatte Tama nous a quittés hier. Après 14 ans en sa compagnie (avec plusieurs gentils gardiens pendant nos aventures hors du Québec), cette petite boule de poil ronronnante nous manquera beaucoup. Ne plus avoir cette petite chatte placoteuse change déjà l’ambiance de la maison. Alors on flatte encore davantage le gris Tsuki…

La fin de l’hiver a donc terminé plusieurs parcours à long terme, ce qui indique aussi que d’autres portes s’ouvrent ailleurs. Je ne sais pas trop encore où je dirigerai mes énergies dans les prochains mois. Pour l’instant, je l’occupe à cocher les items négligés sur ma liste à cause de la rédaction de ma thèse!

Et je prépare des projets de fous. Au milieu de mes documents, de mes recherches et de mes rencontres pour mettre en œuvre ces idées, je réalise que les rêves qu’on entretient et qu’on se met à planifier pour en faire des projets deviennent autant de marches vers un but lointain et impossible au départ, et qui semble de plus en plus accessible au fur et à mesure que des étapes sont franchies et que des gens se joignent à notre folie.

Ça me rappelle que la plus grande crainte quand on commence à y croire, c’est celle de tomber. Plus on y a travaillé, plus on tombe de haut. Donc plus ça déçoit, plus ça fait mal. Je peux comprendre pourquoi certains préfèrent en rester à l’étape du rêve, sans jamais oser transférer le tout vers un projet.

Et pourtant… Même un projet manqué aura donné quelque chose. On y comprend un peu plus ce qui nous anime (le Japon, ça vous surprend?), on aura noué des liens avec des personnes extraordinaires, partenaires de ce parcours, et des parties du projet peuvent servir à d’autres futurs plans.

Alors, le truc quand ça ne fonctionne pas, c’est de savoir tomber pour éviter les plus gros bobos. À force de tomber, on apprend un peu.
Sans compter… Qu’on ne tombe pas toujours! Des fois, ça marche et on s’envole vers la réalisation de ce rêve fou devenu projet concret… Je me le souhaite!

31 janvier 2017

Extraits d'amour

Le Passe-amour de MarsiAprès les tristes événements survenus à Québec, dimanche, quelques mots d'amour tirés du livre me réchauffent un peu le coeur... L'image est tirée du Passe-amour, bd de Marsi présente dans le livre L'amour au coeur de la vie, comme tous ces extraits.

Valérie Giffard, Trouver grâce à ses yeux
Mon inspiration semblait avoir du plomb dans l'aile et mon crayon, lui, ne payait pas de mine. Ma plume fontaine s'était tarie, laissant le papier désert. [...] J'étais retenue aux douanes de l'esprit et il semblait bien que je n'avais, sur le sujet qui palpitait à ce moment-là au coeur de ma vie, rien à déclarer.

Catherine Perrin, Cinquante minutes
Le ciel a deux étages, deux vitesses. Haut perchées, les griffures blanches évoquent la silhouette vaporeuse d'une radiographie, figée dans le temps, comme une cicatrice devenue indolore. Les petits nuages ronds, beaucoup plus près de la terre, changent toute la luminosité pour un moment, mais passent leur chemin. Le ciel hollandais parle si bien.

Valérie Harvey, Une rose sans épines est un feu sans chaleur
C'est le temps des cerisiers, en plus. J'étais convaincue que ça allait me rendre un peu euphorique de revenir au Japon pendant cette période extraordinaire de l'année. C'est pire: autour de moi, les Japonais sont plus expressifs qu'à l'habitude. [...] Et moi, je suis là, toute seule, comme une touriste venue soutirer une miette de beauté, mais sans personne avec qui la partager.

François Desfossés, Trait d'union
Tu as planté cet arbre dans ma vie, source du siècle à réunir. Ta main, une nuit, fut posée sur mon front, et je fus protégé des falaises. Tu m'as transmis le soir et la prière, et ma parole a pu enfin tisser un pont sur l'abîme.

Jean Désy, Fin de vie
J'ai été séduit par cette idée que le "bon" mécanicien comme le "bon" médecin se doivent d'abord - oh, l'espace de quelques instants - de regarder leur client/patient dans les yeux, tout en écoutant la raison de leur consultation. Essentiel moment de rencontre pour l'établissement de toute forme de soin, mécanique, physique et, bien sûr, psychique.

Daniel Rondeau, Ces gouttes d'eau qui glissent sur les visages
Ici, tout est compté: les patients, le nombre de pas des employés, le temps. Surtout le temps. Celui pour manger, celui pour dormir, celui que les employés peuvent nous accorder, celui qu'il nous reste, celui qu'il me reste. Dans un geste qui se veut discret, garde Patenaude approche ma canne, comme si, à sa simple vue, je me dépêcherais. Je fais semblant de ne rien voir. J'en ai fait un art.

Mylène Bouchard, Jamais avant
C. se lancerait, développerait un style bien à elle. Elle fournirait des efforts géants, déroulerait du courage, exhiberait un amour incalculable pour sa discipline. Ce serait difficile. Elle peinerait à en pleurer, aussi, le soir, dans son oreiller, pour ne pas qu'on l'entende, qu'on pense qu'une championne, ça pleure le soir.

Annie Cloutier, L'amour est un choix
Je me sentais bien avec lui. Aimée. Chouchoutée. En sécurité. Je lui disais que je l'aimais et il en faisait autant. Mais quelque chose en moi tiquait: l'amour est supposé faire mal, chambouler, au moins un peu déranger. Or, cet homme - était-ce son éducation néerlandaise - ne m'apportait que félicité. Rien ne clochait.

Samuel Champagne, Les premières fois
Quand tu fais ça avec quelqu'un que t'aimes, ça arrive pas tout d'un coup. Tu savoures les moments, un par un, tu savoures ta chance un peu, la chance que tu as d'avoir trouvé quelqu'un de qui tu vas te souvenir pas mal toute ta vie.

Geneviève Blouin, Les voeux
Sara avait immortalisé ce café d'une photo montrant la tasse fumante que Patrick portait à ses lèvres et le soleil levant à l'horizon. Le cadrage soigneux laissait hors champ les cernes de Patrick et ses épaules écorchées vives par les courroies du sac. Dans les semaines suivantes, Sara avait soumis cette photo à un concours et remporté le premier prix: cinq cent dollars d'équipement de camping dernier cri. À ce qu'il sache, elle n'avait jamais réclamé son prix.

Mélissa Verreault, Saules pleureurs
Je déambule dans le quartier à la recherche d'une poche d'oxygène, d'un recoin de tendresse, d'une oasis de rien - un lieu si calme que la rémission devient possible. Il fait beau. On dirait le printemps. C'est le printemps, en fait. Mais pas chez nous. Pas depuis deux mois. Se séparer du père de son enfant laisse toujours un goût d'hiver.

Hans-Jürgen Greif, Le ciel partagé
Le reste de la journée, je n'arrêtai pas de penser à elle, séduisante et secrète, forte et fragile. Sa maturité rendait sa jeunesse plus éclatante encore. Impossible de me concentrer sur mon travail. Cet après-midi-là, les remarques de mon superviseur ne me faisaient pas un pli. Par moments, j'ai failli l'envoyer promener. Je rêvais de partir, avec elle. Étrange: sans savoir d'où me venais cette certitude, j'étais convaincu d'avoir trouvé la femme que j'allais aimer jusqu'à ma fin.

Marie-Paul Ross, La croissance
Le respect consiste à reconnaître la valeur de l'autre. Indépendamment de nos perceptions émotives, la reconnaissance de l'unicité de chaque personne oriente la gratuité de l'amour.

Père Benoît Lacroix, L'amour, à la rencontre de deux bontés
Je t'aime parce que tu es là. Parce que c'est toi qui es là, parce que c'est toi qui existes devant moi. Si je t'aime toi, je dois non pas répondre à tes questions sur moi, mais répondre en pensant à t'aimer toi. [...] L'amour à sa perfection, c'est d'aimer l'autre parce qu'il est l'autre, parce qu'il est une forme du bien.